Exposition raque, Chagall, Giacometti…
Braque, Chagall, Giacometti… se redécouvrent autrement au Musée d’Art de Toulon
Dans sa nouvelle installation, « Les ateliers de la modernité », le Musée d’Art de Toulon met en avant un pan parfois méconnu des grands artistes du XXe siècle : la gravure. Le tout en prenant appui sur les liens entre ces maîtres et la Fondation Maeght, le célèbre centre d’art contemporain de Saint-Paul-de-Vence.

Luke Nicolas/Var-matin
réservé aux abonnés
Quand l’amitié rencontre l’art et la technique. Après le succès de son exposition Banksy, le Musée d’Art de Toulon (MAT) bascule vers un tout autre univers : celui des grandes figures de la modernité, de Braque à Miró, en passant par Calder, Chagall ou Giacometti.
Avec, comme point d’attache : la gravure. « Cela permet de révéler une part d’eux-mêmes différente de leur œuvre habituelle », promet Tiphaine Musset, commissaire de l’exposition Les ateliers de la modernité, présentée au MAT jusqu’au 3 mai. Le tout avec, comme fil conducteur, la fondation Maeght, célèbre centre d’art contemporain à Saint-Paul-de-Vence. « Ce sont des artistes qui se connaissent, qui ont pu collaborer et partager des techniques. Et ce qui nous tenait à cœur, c’était aussi de montrer l’amitié qui peut lier ces artistes à la famille Maeght, notamment à travers la création de la fondation par Marguerite et Aimé en 1964, pensée comme un lieu de création où l’art peut s’exprimer de manière vivante », poursuit celle qui est aussi attachée de conservation et directrice par intérim du MAT.
Chagall, le retour à Paris
« Nous commençons par une figure tutélaire de l’art du XXe siècle : Marc Chagall [1887-1985, ndlr] », précise Tiphaine Musset. Et la première œuvre que l’on découvre n’est autre qu’un paravent. « Il permet, par sa technique, de mettre en avant la lithographie. Cet objet décoratif nous permet surtout de poser le cœur de notre propos : montrer simultanément des lithographies, des gravures, des eaux-fortes, mises en regard d’autres médiums, afin d’illustrer la place centrale de la gravure dans la production de ces artistes », justifie la commissaire.
En face, on retrouve une série de lithographies représentant Paris en 1954. « À ce moment-là, Chagall redécouvre l’aspect pictural de la capitale après être parti en exil durant la guerre. » Ces œuvres, préalables à son travail sur chevalet, étaient destinées à la revue créée par Aimé Maeght : Derrière le miroir.
Braque en deux temps
Pour Georges Braque (1882-1963), l’exposition propose deux pans de son parcours artistique, à travers l’estampe et la gravure. Le premier nous ramène aux années 1930 avec une série de seize eaux-fortes inspirées de La Théogonie d’Hésiode, soit les mythes fondateurs de la création des dieux.
« Cette série avait été commandée par Ambroise Vollard, mais n’avait pas pu voir le jour en raison du décès du marchand d’art. C’est Aimé Maeght qui a repris le flambeau en publiant l’ensemble en 1955. » L’autre ensemble présente des natures mortes, comme un hommage à Cézanne. « Ici, Braque peint directement sur la pierre calcaire avant d’imprimer sur le papier : c’est un véritable geste pictural », souligne la commissaire. Une phrase de l’artiste résume d’ailleurs sa démarche : « Le procédé me tentait, j’ai essayé de le traiter de façon nouvelle et j’en ai fait presque de la peinture. »
On retrouve également L’Oiseau dans le feuillage, où le volatile apparaît sous la forme d’une silhouette noire en aplat, survolant un papier journal servant de support à l’œuvre. Une lithographie qui sert d’ailleurs d’affiche à l’exposition.

Luke Nicolas/Var-matin
Giacometti, entre sculpture et gravure
Elle trône majestueusement au milieu du musée : Femme au chignon, sculptée par Alberto Giacometti (1901-1966). « Elle nous est prêtée par la fondation Maeght et sort très rarement. Nous sommes privilégiés de pouvoir la montrer », confie Tiphaine Musset.
Outre cette sculpture, le visiteur découvre le travail de Giacometti à travers une série de gravures représentant notamment son atelier. « On y retrouve un trait qui est celui d’un sculpteur. Il vient graver la matière pour représenter un atelier encombré et vibrant. » L’exposition s’ouvre également à l’univers poétique de Joan Miró et au travail sur le mouvement d’Alexander Calder, inspiré par Mondrian : formes et couleurs en pleine puissance.